Un coin de Savoie, le Beaufortain...
“Si vous n’avez jamais parcouru la Savoie,
Vous ignorez encore cette exaltante joie
De gravir les sommets de neige couronnés,
Où ces torrents furieux, modestement sont nés.
Venez donc avec moi, faire ce beau voyage
A travers ces pays de forêts et d’alpages.
Vos jarrets vont enfin affronter le roc dur
Et vos poumons s’emplir avec bonheur d’air pur.
Voyez ces bruns chalets épars dans la montagne
Et que l’homme d’ici, de son pas lent regagne.
Montant sur le plateau par le rude sillon,
Nous entendrons là-haut sonner un carillon
Que pourrait envier nombre de cathédrales,
Et du rhododendron nous verrons les pétales.

Une insigne grandeur plane sur ces hauts lieux,
Et presqu’à son insu, l’on s’imprègne de Dieu.
Cependant la Savoie est une mosaïque
Dont le moindre terroir offre son site unique.

Parmi les plus fameux, voici le Beaufortain,
Et son antique bourg, château-fort et fortin,
Beaufort sur le Doron, coeur de l’amphithéâtre
Où paissent les troupeaux, où séjournent les pâtres;
Beaufort où prend naissance un trio de vallons,
Ne pouvant pas rêver de plus charmants fleurons :
Car voici accroché au dessus de l’abîme,
Face au géant, roi de toutes nos cimes,
Hauteluce installé dans son nid d’aigle altier,
Semblant être mis là tout exprès pour veiller
Sur ce site imposant de montagnes altières
D’où tombent en grondant de joyeuses rivières.

Roselend, dont les mains impies et étrangères
Vont submerger le sol, l’église et les chaumières.
Roselend, dominé par le Rocher du Vent,
Côtoyant son Doron, sauvage et mugissant.
Sur son tertre élevé, le modeste Bersend
Du vaste Beaufortain domine le versant.
Mais plus cher à mon coeur est le charmant village
Que j’appris à connaître au déclin de mon âge,
Joyaux blotti aux coeur de ce puissant écrin :

Le Grand-Mont, Plan-Villard, Parstire et Mirantin;
Arêches,te voici, baigné dans la lumière
D’un soleil généreux une journée entière.
J’aime ton vieux passé, j’aime tes vieilles gens,
J’aime ta vieille église et tes torrents grondants;
J’aime aussi parcourir tes étroites ruelles
Que dénigrent certains, mais que je trouve belles.
J’aime le beau vallon qui conduit à Ladray,
Et qui pour nous charmer fut mis là tout exprès.
J’aime l’étagement de Boudin, site unique,
Et qui fut déclaré, un jour, site historique.
J’aime ces tendres coins : Crégérel et Carroz;
J’aime les plus petits, ces enfants de hameaux
Qui s’égrènent le long des montantes prairies
Pour se nicher bien haut vers les cimes amies.
J’aime le chant rageur du vert Pontcellamont
Qui coule en rugissant tout au pied du Grand Mont
Et termine son cours dans la belle Argentine.
Que de fois, seul, montant vers l’alpage hautain,
J’ai rêvé que j’allais ainsi vers mon destin;
Et chaque année, ici, je viens et me recueille
Dans ce site enchanteur qui tendrement m’accueille.”



Ce poème de René Bachelard ne nous donne-t-il pas envie de mieux connaître et mieux aimer ce pays?

Lac de St Guérin et Lac des Fées
depuis
le Cormet d’Arêches

Village de Boudin